Le carton de papiers d'Hélène, rue Montpensier
Hélène Sabatier habite au troisième étage d'un immeuble ancien de la rue Montpensier, à deux pas du château, et elle est arrivée un mardi matin de novembre avec un carton de papiers de famille, douze cadres dépareillés et quatre d'entre eux cassés aux angles, tous en bois doré, tous plus ou moins bancals, et une histoire familiale derrière : son grand-père tenait une quincaillerie à Oloron, et les photos montrent la boutique, les employés, une enseigne peinte à la main.
Le travail était différent pour chaque cadre.
Deux à reprendre entièrement, six à nettoyer sans toucher à la patine, quatre à laisser tels quels parce que le bois valait mieux que ce qu'on aurait pu y mettre. Nous avons passé deux heures à trier avec elle, à plat sur l'établi du fond, celui qui sert pour les pièces longues, et le devis est parti à 410 euros, délai trois semaines et demie. Hélène a dit une phrase que nous entendons souvent : « Je ne veux pas que ça ait l'air neuf. » C'est exactement le genre de demande qui nous convient. Aurélie Thomas, qui tient le stock, a retrouvé un tasseau de chêne de la bonne section dans les chutes d'un chantier de 2021, ce qui ne se commande pas, il faut tomber dessus. Hélène est repartie avec six cadres choisis ; les autres sont restés dans le carton, et c'est très bien ainsi.
La bibliothèque de la maison Labourdette
La famille Labourdette occupe une maison de 1932 du côté du boulevard des Pyrénées, avec des murs qui n'ont jamais été droits, un salon de 22 mètres carrés et trois générations de livres empilés. Ils voulaient du sur-mesure encastré, du sol au plafond, sur toute la longueur.
Nous ne posons rien sur place, et nous l'avons dit dès le premier rendez-vous. Ils avaient appelé trois autres ateliers avant nous, donc ce n'était pas une surprise, mais la déception était réelle, et il a fallu discuter posément, autour de la table, avec un plan à plat, pour trouver autre chose.
Ce qui a marché, c'est le compromis : cinq caissons indépendants, chacun monté à l'atelier, livrés en morceaux et assemblés en une matinée par leur neveu, menuisier à Gan. Le plus grand mesure 2,14 mètres de haut et 1,36 de large, et il est passé par la porte de service, pas par l'escalier.
Le total est monté à 3 870 euros, bois compris, finition à l'huile dure. Le mur penche de 4 centimètres sur la longueur. Un meuble fixe aurait laissé un jour visible ; cinq meubles séparés, calés un par un, laissent un jeu qui se lit comme un choix.
Julien Robert avait prévenu : nous ne touchons pas aux murs, nous ne rebouchons pas les trous, nous ne reprenons pas les plinthes, et nous ne replâtrons pas après coup, ce qui surprend souvent les gens qui imaginent qu'un atelier de bois fait aussi le reste. La famille a fait le reste avec un peintre de Jurançon. Chacun son métier.
Les boîtes de la recyclerie de la rue Samonzet
Une petite structure de réemploi de la rue Samonzet nous apporte des caisses de bois, des plateaux de table, des tiroirs dépareillés — entre 30 et 60 pièces à la fois, jamais deux fois les mêmes. Nous en réparons une partie et nous transformons le reste en boîtes simples à couvercle coulissant, revendues ensuite sur place. Le travail se compte à l'heure, autour de 45 euros, avec un forfait de 180 euros pour une demi-journée.
Céline Fournier a négocié l'an dernier un lot de 240 planches de récupération auprès d'un atelier de Lons qui fermait. Environ un tiers est parti au feu, ce qui arrive et qu'il faut dire. Ce partenariat repose sur une règle : nous ne garantissons pas la résistance d'un bois dont nous ne connaissons ni l'âge ni l'essence, les pièces sont vendues comme objets et non comme mobilier porteur, et qui achète une boîte à la recyclerie sait ce qu'il achète, ou demande, et on lui répond sans détour, quitte à décevoir.
Qui nous refuse, et pourquoi
Nous ne travaillons pas sur les véhicules, ni camping-cars, ni carrosseries de camionnettes, ni bateaux, et nous ne touchons pas au réseau électrique du bâtiment, jamais, même pour percer un passage de câble qui semble simple. Rien non plus sur les circuits de froid, ce qui exclut les meubles de bar et les vitrines réfrigérées. Rien sur le bâti lui-même : ni charpente, ni plancher porteur, ni escalier fixe, ni fenêtre, ni porte d'entrée. Aucun pesticide, aucun biocide, pour le bois ou pour autre chose.
Ce n'est pas une politesse. C'est du temps gagné pour vous.
Nous ne sommes ni médecin, ni comptable, ni avocat, ni professeur, et nous ne donnons aucun conseil médical, financier, juridique ou scolaire, ni ne faisons passer d'examen ou de certification. Nous n'affichons ni numéro de TVA, ni immatriculation de registre, ni adhésion à un ordre professionnel, parce que nous n'en avons pas. L'atelier est au 93 place de la Paix, à Pau, et il n'y en a pas d'autre.
Aucune promesse de résultat, de revenu, d'emploi ou de place. Aucun client n'a gagné une somme que nous pourrions citer, et nous n'en citerons pas. Pas de garantie de deux ans sur nos prestations non plus : ce délai concerne les biens, pas les services. Pas de série, pas de stock de meubles finis, et pas de livraison au-delà de Pau et de sa couronne proche, disons 25 kilomètres, ce qui couvre Billère, Jurançon, Lons, Gan et Idron.
Deux cas nous font perdre du temps à tous les deux. D'abord l'idée dessinée sur une photo trouvée en ligne, sans dimensions, avec l'attente d'un prix ferme au téléphone : nous demandons des mesures et deux photos, et le devis prend cinq à huit jours. Ensuite le projet lancé trois semaines avant une date — mariage, déménagement, ouverture de boutique. Nous refusons, franchement, et cela arrive plusieurs fois par mois.
L'atelier ouvre du lundi au vendredi, 9h30 - 12h30 et 14h00 - 18h00, et le samedi sur rendez-vous. Téléphone : 05 92 35 29 37. Courriel : [email protected]. Site : untrigspace.digital. Nous travaillons depuis 2016, sous le nom d'Untrigspace SAS. Quatre personnes s'y trouvent : Julien Robert, Aurélie Thomas, Antoine André et Céline Fournier. Personne d'autre.