Le rideau s'est levé à 9h28

À Pau, l'atelier Untrigspace rouvre après un chantier qui devait durer six semaines

Le lundi 14 septembre, à 9h28, Julien Robert a levé le rideau du 93 place de la Paix. Trois mois après, l'atelier reprenait ses horaires complets.

Le rideau s'est levé à 9h28

Deux personnes attendaient déjà sur le trottoir, l'une avec un tabouret bancal, l'autre avec un cadre de miroir fendu en deux. Aucune banderole. Aucun ruban. Julien Robert, qui tient les rendez-vous depuis 2016, avait appelé la veille les sept noms inscrits sur la liste d'attente, et six d'entre eux se sont présentés dans la semaine, ce qui, après trois mois de silence, ressemblait assez à une rentrée des classes un peu improvisée.

Le chantier avait commencé le 29 mai par un problème banal, un plancher qui s'affaissait de quatre centimètres sous l'établi principal, et s'est poursuivi par la reprise d'une cloison entre la réserve et l'accueil, deux arrivées d'air à refaire, et l'attente d'un chêne livré par une scierie de Ger qui n'a pas séché aussi vite qu'annoncé, si bien que le bailleur du quartier Berlioz, qui avait exigé un diagnostic avant de laisser poser les étais, a fini par demander un second passage.

Six semaines prévues. Treize semaines réelles.

Aurélie Thomas, responsable du stock, a passé l'été à trier les plateaux de noyer et de chêne entassés derrière la réserve depuis 2021 ; elle en a fait débiter deux mètres cubes en petits formats, vendus ensuite à l'unité entre 8 et 22 euros, ce qui n'était pas prévu au départ et a couvert une partie des charges de juillet et d'août, sans régler le reste, mais sans laisser l'atelier complètement à l'arrêt non plus.

Le rideau s'est levé à 9h28

Ce que la fermeture a changé

Pendant treize semaines, le 93 place de la Paix est resté silencieux aux heures où il fait normalement le plus de bruit. Les riverains de la rue Castétis ont pris l'habitude de porter leurs objets ailleurs, à commencer par un menuisier du boulevard des Pyrénées qui a récupéré au moins quatre réparations de chaises, dont certaines ne reviendront jamais, parce qu'un meuble réparé une fois chez quelqu'un d'autre y reste souvent, par habitude autant que par confiance.

Le retour s'est fait sans publicité. Une affichette A4 scotchée entre deux vitres annonçait : « Réouverture le 14 septembre ».

Marie Lavie, 71 ans, habite rue Samonzet depuis 1983. Elle est arrivée le 15 septembre avec un tabouret de cuisine que son père avait fait fabriquer en 1958, dont le piétement était fendu sur dix-huit centimètres. « Je pensais qu'on me renverrait chez moi », dit-elle. Le tabouret est reparti le 26 septembre, consolidé par un tenon neuf en frêne, pour 64 euros.

C'est ce genre de dossier qui fait vivre l'atelier depuis 2016. Pas les grosses commandes. Pas les commandes pressées non plus.

Sept projets dans la réserve

Dans la réserve remise à plat, sept projets attendent leur tour : un vaisselier en noyer pour un couple de Bizanos, livré sans pose comme toujours ; quatre cadres de grand format pour une association de la rue du Hameau ; et une bibliothèque basse commandée par un libraire du centre-ville, qui doit tenir dans une niche de 2,14 mètres de large, ce qui laisse peu de marge pour l'épaisseur des montants et encore moins pour l'erreur.

Céline Fournier, qui suit les achats, a renégocié deux fournisseurs cet été. Le placage de chêne a augmenté de 11 % entre janvier et juin. Elle a changé de référence pour un placage légèrement plus clair, à 34 euros le mètre carré au lieu de 41.

Une commode du début du XIXe siècle, apportée par une famille de Jurançon, présente un placage soulevé sur toute la façade ; le devis, signé le 22 septembre, s'élève à 780 euros et court sur cinq semaines, et Antoine André prévient systématiquement que la restauration d'un meuble ancien ne rend jamais un bois neuf, que certaines marques restent, et qu'il vaut mieux le savoir avant de payer plutôt qu'après.

L'atelier ne travaille ni sur les véhicules, ni sur les installations électriques, ni sur les circuits de froid, ni sur le bâti. Il ne pose rien sur chantier. Il n'applique aucun produit biocide. Ces limites figurent sur le premier devis remis au client, en clair, sans note de bas de page.

Le téléphone et les horaires

Le rythme est revenu à ce qu'il était : du lundi au vendredi, 9h30 - 12h30 et 14h00 - 18h00, et le samedi sur rendez-vous. Quatre personnes travaillent ici. Julien Robert, Aurélie Thomas, Antoine André, Céline Fournier. L'exploitant est Untrigspace SAS.

Le téléphone est le 05 92 35 29 37, le courriel [email protected], et le site untrigspace.digital indique la même adresse unique, 93 place de la Paix, 64000 Pau, sans antenne ni dépôt ailleurs, ce qui n'a pas empêché plusieurs personnes de demander cet été s'il existait un second atelier du côté de Lons ou de Billère, question qui revient chaque année et à laquelle la réponse reste non.

Ce qui a le plus surpris pendant la fermeture, ce n'est pas le retard. C'est le nombre de gens du quartier passés devant la vitrine en travaux pour demander si l'atelier allait rouvrir. Une dizaine, peut-être quinze. Certains ne connaissaient même pas le nom de l'entreprise. Ils savaient juste qu'à cet endroit, on réparait des choses en bois.

Le carnet de la semaine du 28 septembre affiche douze créneaux. Neuf sont déjà pris.

Dans la réserve remise à plat, sept projets attendent leur tour : un vaisselier en noyer pour un couple de Bizanos, livré sans pose comme toujours ; quatre cadres de grand format pour une association de la rue du Hameau ; et une bibliothèque basse commandée par un libraire du centre-ville, qui doit tenir dans une niche de 2,14 mètres de large, ce qui laisse peu de marge pour l'épaisseur des montants et encore moins pour l'erreur.

Antoine André, Service client

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